Etudes, carrière, réussite…

Ces derniers jours, plusieurs personnes m’ont parlé de ce qu’on appelle des enfants à haut potentiel, ou enfants HP, qui est un sujet qui me fait grincer les dents pour diverses raisons. 

Rien que le terme en lui-même me semble agressif. Un enfant considéré HP, c’est donc un enfant chez qui on reconnait un grand potentiel, et ce potentiel il faut donc le pousser à émerger. Cela implique que l’on place énormément de pression sur ces enfants, même si on ne leur dit pas explicitement. Ils sont aussi considérés comme différents, comme supérieurs à la moyenne, ce qui encourage la compétitivité et fragilise leur sentiment d’estime personnelle. 

 

Mais notre attitude envers ces enfants HP n’est que le reflet exacerbé de notre société au sens plus large. Notre société, qui est, rappelons-le, basée sur un modèle patriarcal, pousse ces enfants à suivre des études intellectuelles de haut niveau, simplement parce qu’elle a oublié que l’intelligence a en réalité de nombreuses formes. Lorsque j’étais petite, ce terme ‘HP’ n’était pas répandu comme aujourd’hui; mes profs disaient que j’étais ‘très intelligente’, que j’avais ‘beaucoup de capacités’ et qu’il fallait me pousser pour que je puisse les développer. Pour mes profs, et mes parents, j’avais un grand potentiel de ‘réussir une belle carrière’ ou ‘d’aller très loin’. On me voyait ainsi médecin, ou avocat.

J’ai passé mon enfance enfermée dans ma chambre, à étudier. Puis j’ai suivi un cursus en latin-grec, et ensuite l’université, où je suis restée dans le domaine des langues, découragée par les piles de livres à étudier pour la médecine et le droit. Je me souviens qu’à l’époque, je détestais les cours d’histoire parce que c’était pour moi des histoires que je ne trouvais ni intéressantes ni utiles, dont il fallait retenir des dates, des noms et des lieux que je ne connaissais pas et je n’en voyais pas l’intérêt. Je n’aurais jamais imaginé, que plus tard, ce serait précisément l’histoire qui deviendrait ma grande passion – même s’il s’agit d’une histoire très différente!

Incapable de choisir une orientation, je suis partie 1 année en Angleterre, et cela a été la plus belle année de ma vie. Enfin, je me suis sentie libre, enfin je pouvais respirer, rencontrer des gens, découvrir la vraie vie… A mon retour j’ai suivi des études universitaires en langues étrangères afin de préserver ce contact avec les cultures, les échanges et les rencontres avec l’autre. Mon parcours était tracé, après mes études, j’irais travailler à la commission européenne en tant que traductrice.

Mais à la remise de mon diplôme, la commission m’a fermé la porte: la Russie ne faisait pas partie de l’Europe… Ma prof de russe, qui m’avait tant encouragée pendant ces 4 longues années d’études, m’a confirmé: tu aurais du prendre une autre langue, le russe ne te mènera nulle part… Désillusion complète… J’ai repris une année d’études en interprétariat, comprenant que la traduction me condamnait devant un ordinateur à traduire des notices d’appareils ménagers, et j’ai étudié d’autres langues européennes, italien, espagnol… Mais c’était déjà trop tard. J’avais été repérée par une grande banque américaine; peut-être qu’après tout je pouvais ‘réussir ma vie’… 

Au lieu de cela, j’ai passé 15 ans dans des banques internationales, cantonnée à du travail de bureau, devant un ordinateur. Je me suis complètement fermée dans ce travail débilitant, je multipliais les dépressions, je pleurais à chaque reprise après les vacances. Lorsque j’ai signé mon CDI, et que je me suis installée avec mon compagnon, ayant enfin acquis une stabilité et m’étant rapprochée au mieux de ce ‘succès’ qu’on attendait de moi, j’ai décidé de trouver ce que je voulais vraiment. Je n’avais pas 40 ans, mais 30;  j’ai fait ma crise en avance…  

 

A l’époque, les enfants apprenaient les traditions, l’histoire du village ou du pays à travers les récits que racontaient la grand-mère, le soir au coin du feu. L’école encourageait la réflexion, le discernement et la curiosité. Et les métiers étaient choisi en fonction des passions ou suivaient la transmission d’un art familial, qui avait donc une histoire, des valeurs. Chacun avait sa place dans la communauté, qui s’organisait naturellement autour des différents services qui étaient proposés. 

Puis sont arrivés les banquiers, qui ne se préoccupaient plus tant de la passion ou des valeurs mais dont l’objectif était de faire de l’argent. Ils ont investi dans la construction de villes, de chemins de fer, de grandes surfaces… Petit à petit, les villageois ont quitté les villages et ont abandonné les commerces familiaux ou leurs passions pour partir à la recherche d »une vie meilleure’. Les investisseurs ont ensuite soutenu la construction de grandes écoles et d’universités fondées sur des enseignements intellectuels prometteurs de grandes carrières. 

 

Actuellement, notre société est entièrement fondée sur ce modèle capitaliste dont la base est la recherche de profit et d’accroissement financier. Il y a d’un côté ceux qui font des études, et qui pourront ‘réussir dans la vie’, et de l’autre ceux qui n’en ont pas les moyens et qui ne seront jamais ‘bons à rien’.

Mais aujourd’hui ce système ne fonctionne plus. Une grande partie des personnes qui ont fait de hautes études ont été poussées par leurs parents à suivre une voie qui ne leur plaisait pas. Et aujourd’hui, la majorité d’entre eux se sentent malheureux dans un travail qui ne leur apporte pas de satisfaction, qui les enferme, qui est vide de sens, épuisant, dévalorisant et démotivant.

Vient alors ce qu’on appelle la ‘crise de la quarantaine’: lorsque nous avons terminé nos études, trouvé un partenaire, que nous avons fondé une famille, nous nous rendons compte que cette vie ne nous correspond pas, nous ne nous reconnaissons pas et à ce moment, nous en venons à nous remettre en question, à repenser à nos passions oubliées, à ce à quoi nous avons renoncé pour suivre la voie de la réussite. Beaucoup restent coincés dans cette vie par peur de ce que l’entourage pourrait dire, ou par peur de quitter une sécurité, alors que c’est cette même sécurité qui les étouffe…

Puisque les études sont axées sur un savoir intellectuel et théorique, nous apprenons des choses, souvent sans avoir le raisonnement ou sans en faire l’expérience personnelle. Nous apprenons donc qu’il y a ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui sera d’ailleurs sanctionné par des points notés en rouge et entourés pour que cela s’imprime bien dans notre tête. Nous apprenons à devoir savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, sans avoir de repères sur lesquels nous baser si ce n’est les dires d’une personne d’autorité (parent, médecin, enseignant, patron…) ou des livres, càd des sources extérieures. Ainsi, lorsque nous devons faire un choix important, comme changer de carrière, quitter un partenaire qui ne nous convient plus, nous ne savons pas où chercher ‘le vrai’ càd la bonne voie à suivre et nous sommes tétanisés à l’idée de nous tromper… Nous n’arrivons plus à nous écouter, et nous restons sur place. 

 

Je pense que nous avons besoin de nous demander: est-ce vraiment ce que nous voulons continuer d’alimenter, de soutenir et de transmettre à nos enfants?

 

Je pense que les enfants HP sont des enfants hyper-sensibles, des enfants qui ont accès à des formes d’intelligence multiples: intelligence intellectuelle bien sûr, mais aussi émotionnelle, empatique, intuitive, créative… Les écoles spécialisées les regroupent avec d’autres enfants HP, ce qui accentue encore le sentiment d’être différents (il y a les HP et il y a les autres) et encourage la compétitivité puisque ces enfants sont entre eux, et soumis à cette énorme pression de l’extérieur et de l’intérieur. Ces enfants, qui ont beaucoup de sensibilité, se retrouvent ainsi fragilisés et en viennent souvent à développer beaucoup d’insécurités, et donc un besoin de plaire et de se conformer pour recevoir les encouragements et les félicitations et ainsi obtenir du réconfort. Ils courent le risque de devenir dépressifs avec l’âge, tant ils se peuvent se sentir enfermés par le modèle qui leur est imposé et qui les coupe de leur sensibilité, qui décourage leur créativité, leur besoin de relations. Ils ont besoin d’aller dans la nature, de découvrir, d’explorer, de développer leur imaginaire et de pouvoir ensuite trouver ce qui leur permettra d’exprimer et de canaliser leur sensibilité. Ces enfants n’ont pas besoin de réussir, ils ont besoin de vivre une vie qui a du sens. Ils ont d’énormes facultés, mais qui ne sont pas que intellectuelles.

 

Je pense que le temps est venu, pour tous, de redéfinir notre vision de la réussite ou du succès, de cesser de nous baser sur des critères extérieurs de réussite comme un poste en vue, un statut financier ou un prestige matériel et de revenir à d’autres critères plus profonds: nos passions, nos talents innés, y compris la créativité ou la capacité à se relier aux autres, la sensibilité. Nous avons besoin de développer de partage et non de compétitivité, de valeurs profondes et non de prestige. Les enfants HP et les personnes sensibles ont besoin d’apprendre à travers leur expérience personnelle, d’explorer leurs talents innés et créatifs. Devenir médium peut être une carrière tout aussi épanouissante et enrichissante qu’être avocat. La réussite ne s’obtient pas en se conformant à un courant de masse; la réussite vient de l’encouragement à développer nos talents innés, de la pratique, de la volonté et surtout du plaisir que nous avons à faire ce que nous faisons. 

La réussite, ce n’est pas avoir de l’argent. L’argent n’est qu’un moyen d’échange. Et si nous regardons le monde actuel, à quoi nous sert l’argent réellement? A financer la destruction d’habitats naturels, de forêts, des océans? La construction de bâtiments ou de technologies polluantes et destructrices? A acheter des vêtements de qualité médiocre fabriqués par des enfants sous payés? A consommer des aliments toxiques, qui nous drainent de notre énergie, que nous avalons vite fait entre deux réunions, que nous mangeons sans appétit devant un film inintéressant, qui nous alourdissent tellement que nous n’avons plus d’énergie pour faire ce que nous aimons? Ou pour acheter des cadavres d’animaux qui ont vécu des vies misérables d’enfermement et qui ont été abattus dans des conditions atroces?

Ne vaut-il pas mieux être musicien, artiste, cartomancien, vivre de sa passion, ne pas pouvoir déposer son instrument, ses crayons, ses cartes tant nous sommes passionnés,  manger moins mais mieux, consacrer son argent à ce qui a vraiment de la valeur? Se lever le matin en pensant déjà à ce que nous allons découvrir, vivre, tenter? Se coucher rempli de gratitude pour la journée enrichissante que nous avons passée ? Se sentir libre et satisfait? Avoir des rêves et oser croire qu’ils sont réalisables? 

Les enfants HP viennent créer une nouvelle génération qui nous montre que les valeurs sur lesquelles nous construisons nos vies sont obsolètes et même destructrices. Que l’accumulation de connaissances n’est que de l’information. Que nous avons oubliés nos passions, que nous avons oublié le partage et la solidarité. Que nous avons oublié que nous sommes avant tout ici pour vivre des expériences, càd pour oser, tenter, explorer, nous tromper et trouver d’autres manières de faire. Nous ne sommes pas ici pour nous enfermer dans un travail qui ne nous apporte aucun épanouissement ou dans des vies hyper sécurisées qui nous coupent de tout. 

Cette année est une année qui encourage l’exploration. Alors osons. Libérons nos attaches, osons redécouvrir nos passions et les suivre, même si nous ne savons pas encore vers quoi elles nous mènent. Osons l’aventure. 

Vanessa

 

Si vous êtes prêts à faire le pas: je peux vous accompagner à travers une guidance Mission de vie ou un accompagnement en plusieurs sessions. 

Accompagnement mission de vie

2 réflexions sur « Etudes, carrière, réussite… »

  1. Hello,
    Témoignage beau et sincère, merci pour votre partage.
    Ces « sectorisations » ! des enfants … enfant HP, enfant indigo, etc… sont le résultat de « penseurs – fossoyeurs » du système de rendement et d’asservissement ; qui le cache derrière de « nobles » et « colorés » qualificatifs …
    L’enfance reste, bien souvent, un moment privilégié où peut se côtoyer de grandes valeurs … comme l’innocence. Cette phase est déterminante pour une grande part à la Créativité et à la compréhension de la Vie. Mais comme d’habitude le système saura servir une soupe propice à tous les étages des sociétés pour mieux façonner chacun d’entre nous à une servitude acceptée…
    Je partage vos constats et recommandations, merci pour votre aide.

    1. Oui mais le système n’est que le reflet de chacun…
      C’est important de reconnaitre ces enfants et leurs besoins spécifiques mais c’est destructeur de les isoler ou d’en faire des enfants supérieurs et hors norme. Mais je pense que petit à petit, les choses bougent. 😉

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